Les plateformes alternatives
Plusieurs plateformes de négociation ont fait leur apparition parallèlement aux marchés réglementés. Mais pour l’investisseur, ce sont souvent de véritables trous noirs. De plus, le risque y est plus important.
Les MTF (multilateral trading facilities ou systèmes multilatéraux de négociation) sont nés après l’introduction de la MiFID. Cette directive européenne avait pour objectif de mieux protéger l’investisseur et d’offrir aux banques et aux courtiers la possibilité de faire concurrence aux Bourses traditionnelles. Plusieurs plateformes de ce type ont été créées ces dernières années, comme Turquoise, Chi-X, Equiduct et BATS. La plupart d’entre elles se concentrent exclusivement sur les grandes actions des indices boursiers.
« En fait, ces plateformes de négociation existaient déjà avant l’instauration de la MiFID », indique Vincent Van Dessel, président de NYSE Euronext Bruxelles. « Pensez à Tradepoint, Jiway ou Easdaq, qui ont vu le jour après l’introduction de l’euro. Cependant, les MTF trouvent également leur origine dans d’autres motivations. Notamment le fait que les Bourses traditionnelles sont sorties du giron des banques et sociétés de bourse. De plus, les marchés sont aujourd’hui totalement électroniques, ce qui améliore leur accès et accroît leur transparence. Mais ce phénomène a également réduit la valeur ajoutée des intermédiaires dans l’exécution d’un ordre. De ce fait, ces derniers ont cherché des alternatives capables de générer davantage de marge. »
Meilleurs tarifs?
Les grandes banques et les courtiers ont dès lors créé leurs propres plateformes. Mais ce phénomène a entraîné une fragmentation de l’offre et une diminution de la transparence, sans réduire les tarifs pour l’investisseur particulier, affirme Vincent Van Dessel: « L’un des grands principes de la MiFID est en effet l’obligation de “meilleure exécution”: l’intermédiaire financier doit prendre toutes les mesures raisonnables pour garantir l’exécution optimale d’un ordre. De ce fait, les intermédiaires sont contraints de fournir un accès à plusieurs parties, ce qui accroît les coûts. De plus, les petits acteurs disparaissent du marché, ce qui est une mauvaise chose pour l’investisseur. »
« L’ordre d’un investisseur belge est aujourd’hui exécuté sur environ cinq plateformes alternatives. Mais en fait, ce n’est pas vous qui choisissez la plateforme: le choix est orchestré par l’intermédiaire. De plus, la diversification des risques y est beaucoup plus faible que sur la Bourse traditionnelle. Par exemple, un ordre envoyé chez Equiduct n’a qu’une seule contrepartie – contrairement à la situation sur NYSE Euronext. Si celle-ci connaît des difficultés, l’investisseur en subirait les conséquences. Pensez à ce qui s’est passé avec les positions hors-bourse de Lehman Brothers. »
Océan
L’introduction de ces plateformes alternatives a-t-elle modifié fondamentalement le paysage boursier? Non, selon Vincent Van Dessel. « Chez Euronext, nous avons certes enregistré une baisse de nos parts de marché, mais le volume est resté inchangé », note-t-il. « Cela souligne que les MTF ne sont en fait que des intermédiaires. Comparez cela avec un cours d'eau: il y a à présent un peu plus de lacs artificiels et de barrages, peut-être un peu d’évaporation ici et là, mais finalement, ces cours d’eau finissent toujours par se jeter dans l’océan. Si ce n’est que celui qui gère le barrage, choisit lui-même quand et en quelle quantité il laisse passer l’eau. »
Article publié sur www.lecho.be