
Interview Arseus
Crise ou pas, durant ces douze derniers mois, la société belgo-néerlandaise Arseus s’est renforcée substantiellement par une longue liste d’acquisitions, tant dans ses marchés domestiques qu’au Brésil. La combinaison de croissance interne et externe s’est traduite par une croissance du chiffre d’affaires de 23% au troisième trimestre, une bonne raison pour soumettre quelques questions à son CEO, Ger van Jeveren.
Le marché professionnel des soins de santé est prometteur. Le vieillissement, la croissance des dépenses pour les soins de santé, les innovations technologiques et une croissance de l’intérêt pour l’esthétique, sont autant d’éléments qui soutiennent votre activité, activité qui de plus est non-cyclique. Mais la nécessité d’économiser sur les budgets nationaux et la problématique d’endettement en Europe ne risquent-elles pas de freiner votre activité?
Non, je ne m’attends pas à cela. En 4 ans seulement Arseus s'est transformée d'un box-mover en une société qui offre notamment des produits innovatifs et des concepts avec une valeur ajoutée substantielle à des professionnels dans le marché de la santé. Arseus investit constamment dans des solutions technologiques innovatrices pour améliorer l'efficacité des soins de santé et cela est très important aujourd'hui.
Fagron par exemple emploie 125 pharmaciens dans le monde qui, en coopération avec des spécialistes en médecine et des universités, développent des formules, des produits et des concepts et les introduisent sur le marché. Corilux emploie un peu plus de 80 développeurs de logiciels et des professionnels de la médecine qui développent constamment des solutions ICT performantes pour des spécialistes en médecine. Avec Arseus Dental et Arseus Medical l’effort innovant passe par le signalement des nouveaux besoins du marché et la recherche de produits adéquats ou le développement de concepts sur mesure pour y répondre.
Avec deux acquisitions au Brésil fin 2010 et mi-2011, Arseus s’est lancée en Amérique latine. Vous êtes depuis aussi actifs en Argentine. Quelle est l’importance de ce marché et quelles sont les perspectives? Y voyez-vous aussi des possibilités pour les autres filiales du groupe?
Malgré la crise économique mondiale, le marché pour les préparations magistrales a connu, au Brésil, une croissance importante ces dernières années; une évolution dont on s’attend à ce qu’elle se poursuive dans les années à venir. Au Brésil, le patient a beaucoup de liberté, raison pour laquelle il est plus vite enclin à choisir une préparation sur mesure qui présente quasiment toujours moins d’effets secondaires et qui, pour cette raison, est une alternative précieuse. Il en résulte que le Brésil est, avec une belle avance, le plus grand marché pour les préparations magistrales au monde. A côté des 25.000 pharmacies ‘normales’, le Brésil compte aussi 7.200 pharmacies ‘de préparations’. Ces Farmácia de Manipulação sont spécialisées dans la préparation de médicaments sur mesure pour les patients.
Les acquisitions de DEG et de Pharma Nostra au Brésil jouent donc un rôle essentiel dans la stratégie de Fagron de continuer à développer sa position de leader du marché mondial dans la niche croissante des préparations magistrales. Dans le passé, Fagron a déjà prouvé à différentes occasions qu’elle est capable d’intégrer des acquisitions rapidement et souplement. On recherche donc les possibles avantages de synergies et d’économies d’échelle. Ces avantages sont surtout à réaliser dans les domaines de l’achat, de l’analyse et de la production de matières premières pharmaceutiques et de la vente croisée de produits et de concepts. L’intégration de la société DEG, reprise en décembre 2010, n’aura nécessité que six mois pour être réalisée.
Pour la division Fagron nous examinons les possibilités de renforcer notre position en Amérique latine, soit par des acquisitions, soit par l’établissement de greenfields. Pour les autres divisions d’Arseus, nous ne voyons pas d’opportunités dans cette région.
Ces cinq dernières années le chiffre d’affaires d’Arseus Dental a augmenté de 50%, mais l’EBITDA a légèrement baissé. Comment expliquer cette évolution?
Arseus Dental est la seule division du groupe qui a subi les conséquences négatives de la crise économique et financière mondiale. Les dentistes remettent leurs décisions d’achat à plus tard ce qui engendre une baisse de la demande. A cause de cette baisse, la concurrence des prix augmente et les marges diminuent.
Suite aux différentes acquisitions et à une hausse du besoin de fonds de roulement, le ratio dette financière nette sur EBITDA risque d’être supérieur à 3. Cela ne risque-t-il pas de limiter la croissance via des acquisitions dans un futur proche?
Le ratio dette financière nette/EBITDA fin 2011 ne devrait, selon nous, pas dépasser 3. La forte croissance de notre capacité de générer du cash-flow nous donne assez de flexibilité financière pour financer d’éventuelles petites acquisitions. La hauteur de notre endettement ne nous inquiète donc pas.
Corilus a repris une autre société de logiciel plus tôt cette année. Corilus ne devrait-elle pas figurer dans un grand groupe pour mieux se développer?
Non, je ne partage pas votre avis. Ces dernières années, Corilus s’est développée très favorablement et est devenue une perle d’une qualité exceptionnelle. Néanmoins, le fait que Corilus soit leader du marché dans les solutions complètes ICT pour un grand nombre de professions (para)médicales, lui a permis de croître organiquement plus vite que ses concurrents. Cela est seulement possible si l’on combine un logiciel state-of-the-art avec un service sur mesure. Je pense que Corilus se développe excellemment dans le groupe Arseus.